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17 mars 2009

Le Volume du Vent
Karkwa

Avec Malajube et Les Chiens, Karkwa forme le troisième pôle du rock québécois, des formations bien en place qui se font souffler dans le dos par des groupes plus que prometteurs (El Motor, Navet Confit). Suite à leur remarqué et remarquable "Les tremblements s’immobilisent", les anciens émules de Radiohead reviennent avec "Le volume du vent", un album beaucoup plus personnel et orchestral.

Les dernières années ont été particulièrement mouvementées pour les membres de Karkwa. Après un premier disque qui a laissé plusieurs personnes indifférentes, c’est la révélation avec le bien nommé "Les tremblements s’immobilisent". Sur un strict plan musical, les apprentis du son typiquement britannique avaient fait leurs devoirs et les fans de Radiohead, Coldplay et autres formations si populaires jubilaient. Un ouvrage riche et foisonnant, avec un ton acerbe et engagé, souvent noir et mélancolique, hormis peut-être cet horrible chanson "Pili-Pili". Un succès presque instantané qui a vu les membres parcourir les planches au Québec, au Canada et même aux États-Unis.

La suite étant bien entendu très attendue, il ne fallait surtout pas refaire la même chose. Un piège qu’a su éviter le chanteur Louis-Jean Cormier et le reste de son équipe. Les textes, moins sombres et politisés, s’avèrent plus personnels. Un changement de cap qui nécessite des écoutes plus nombreuses et attentives, car les premières fois, "Le volume du vent" ne semble pas avoir le même souffle que son prédécesseur. Les influences, moins évidentes jusque dans la voix du principal intéressé, demeurent toutefois clairement identifiables dès les premières notes. Cela ne devrait toutefois pas déplaire aux fans de tous ces groupes américains et européens qui peuvent finalement obtenir un équivalent francophone.

Karkwa

Contrairement à l’urgence de "La fuite", "Le compteur" en introduction s’avère beaucoup plus posé. Un peu comme Mogwai, le déferlement de sons et de bruits se veut subtil et souvent bref, laissant toute la place à la mélodie d’exister et à Patrick Watson de faire sa place sur une apparition spéciale. Les trois premiers accords de "Deux lampadaires" lèvent le vent sur la principale influence : Sufjan Stevens. Les instruments sont les mêmes, tout comme la façon de sortir les consonnes et les voyelles. À mi-chemin, une déflagration se fait toutefois entendre, remettant quelque peu au placard cet hommage senti, qui revient toutefois avec cette présence féminine de Marie- Pierre Fournier.

Le premier simple, "Échapper au sort", navigue dans des zones très confortables, se mettant à nu par ses mots plus désillusionnés et ses cris déchirants. C’est pourtant dans la ballade ("Oublie pas") ultra accrocheuse que Karkwa risque de déclencher l’hystérie des radios plus populaires. Instrumentale, lancinante et d’une beauté incandescente, "Le frimas" change encore une fois de direction, laissant présager que le groupe pourrait également se spécialiser dans la musique de films.

"Le temps mort" débute le deuxième tronçon de l’ouvrage en bouleversant par son sens précis du détail et il y a même de la distorsion pour faire éclater cet enrobage trop précieux. "La façade" s’affranchit enfin du spectre de Tom Yorke, lorgnant cette fois vers quelque chose de plus joyeux, entre Elf Power et Belle & Sebastian. Après tant d’émotions fortes, la quiétude revient par l’entremise de la sublime "Mieux respirer", peut-être le titre le plus mémorable du lot. "Combien" poursuit ce spleen hivernal en restant très constant entre folie et lucidité. Nouveau pont instrumental avec la pièce titre. Les murmures et les motifs se fondent l’un sur l’autre, annonçant une finale riche en émotions.

Karkwa

Et elle l’est ! "Le solstice" rappelle cette fonte des glaces, cette victoire de la chaleur sur le froid grâce aux enlacements répétitifs des instruments. Cela va exploser, un jour ou l’autre, et très bientôt, comme chez les Islandais de Sigur Ros qui affectionnent également ces envolées mystiques. Nouvelles combinaisons de voix sur l’hypnotisante "Dormir le jour" où Cormier laisse toute la latitude désirée au guitariste Olivier Langevin. Le tout s’étire cependant un peu trop en longueur. Ce mini faux pas est excusé par "À la chaîne" qui offre une finale enivrante portée par des choeurs d’enfants. Les yeux fermés, c’est un univers d’étoiles et de planètes qui défilent à toute vitesse. Avant l’explosion à la Sufjan Stevens, The Polyphonic Spree ... ou Indochine !

Au lieu de pondre un deuxième "Les tremblements s’immobilisent" qui aurait satisfait la plupart des gens, Karkwa a décidé d’aller voir ailleurs et d’explorer de nouvelles facettes musicales. Cela donne un album légèrement moins marquant mais beaucoup plus fignolé et authentique, magnifiquement réalisé et qui se bonifie au fil des écoutes. Peut-être ce sera le bon essai pour que la formation détruise toutes les frontières, car son rock soigné sans être trop léché est loin de passer inaperçu.

Sortie le 16 mars 2009 chez Wagram.
karkwa.com
myspace.com/karkwa


Lou pour exportMusic.



 
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