20 septembre 2007
La Fête de l'Humanité [1]
15h : Arrivée de l’équipe d’exportMusic à Montparnasse. Métro ligne 13, tramway et navette direction le parc de la Courneuve.
Dans le métro, l’animation ne vient pas des festivaliers mais plutôt des supporters anglais et sud africains dont les équipes de rugby se rencontrent ce soir. Il nous faut attendre une bonne heure et la navette pour apercevoir les premiers festivaliers. Pris dans les bouchons, serrés les uns contre les autre, l'attente se fait de plus en plus longue sur chaque visage.
17h30 : Nous arrivons enfin sur le site, un quart d’heure avant que la Fête de l'Humanité ne débute officiellement.
 Johnny Clegg
Pas beaucoup de monde en vue à quelques minutes du concert de Johnny Clegg, les festivaliers sont dispersés dans l'enceinte démesurée du festival, à écouter les tout jeunes groupes, à boire une bière, à chanter l'Internationale.
18h : Le concert de Johnny Clegg a commencé, le temps est radieux. Le Zoulou blanc est là, accompagné de ses musiciens et de ses "back vocals". Un public pas encore très nombreux mais déjà à l'écoute. Le concert trouve finalement toute sa place en ouverture de programmation -le concert a été avancé pour que Johnny voit Angleterre-Afrique du Sud en Rugby - avec des influences très variées (françaises, anglaises, africaines...). Sur fond de morceaux instrumentaux interminables, l'ambiance de fête prend le dessus, danseurs africains et danseurs de Hip Hop se mélangent pour un show très réussi. Le public est conquis par cette ambiance chaleureuse qui règne sur la grande scène, il exulte même lorsque Johnny Clegg entame "Asimbonanga, véritable chorale de milliers de personnes. Le morceau est planant, les voix parfaites volent sur le parc de la Courneuve, plongeant le site au cœur de la brousse africaine. Chants, émotions et sourires se lisent sur tous les visages déjà comblés par ce premier concert. Le final ne baisse pas en intensité, Johnny se lâche. Il fait semblant de partir, revient pour un dernier refrain, une dernière danse africaine, avant de quitter définitivement la scène sans trainer, direction le Stade de France où les sud africains, contrairement à nous, ne l'attendront pas.
 Danseurs africains : concert de Johnny Clegg
 Grand corps malade
On peut dire que le Slam est une poésie urbaine, qu'il s'agit de morceaux qui laissent la part belle aux mots au détriment des compositions mais une chose est sûre: nous sommes bien loin de ce que l'on a l’habitude d'entendre sur nos radios FM.
Grand corps malade nous montre que chaque individu, quel que soit son expérience ou son origine sociale peut écrire sa vie ou celle des autres avec une grande justesse. Et en vers, s'il vous plait.
Côté musique, peu de choses. Les instruments accompagnent simplement afin de mettre l’accent sur chaque mot, pour le faire résonner avec le suivant.
Néanmoins, dans un monde où la jeunesse communique de plus en plus via le langage sms, l’espoir renaît avec des textes dignes de ce nom qui n’ont rien à envier aux grands classiques de la chanson française. Rimes, jeux de mots. Aussi habile avec le vocabulaire qu’avec les figures de style, Grand Corps Malade, par la seule force des mots fait chavirer le cœur du public, redonne espoir et rallume la flamme de l’Humanité trop longtemps éteinte pour nombre de festivaliers présents à ce concert sublime.
 The John Butler Trio
20h30 et toujours pas de John Butler en vue. Au bout de 20 min d’attente le trio arrive enfin, dans un style très cool. Chemise à manches courtes, pantalon et bonnet, telle est la tenue de scène de John Butler qui prend place, saisit sa guitare et lance un show qui va vite prendre une tournure démentielle. Dès les premières notes, le public hurle sa joie. John Butler toujours aussi habile à la guitare et au banjo laisse aller ses doigts, pince les cordes et fait glisser le bottleneck le long du manche. « Nous venons pour la paix » scande-il en arrivant sur scène. Message reçu ! Le public plane déjà, porté par des sons parfaits, des cris de wah wah, des voix à pleurer. Nouveau message de paix de la part de John Butler lorsque ce dernier se retrouve seul sur scène l’espace d’une chanson. Dès la première note, nous reconnaissons la si intense et décadente « Ocean », pour laquelle l’affection de John Butler est communicative. Des substances illicites se font sentir dans la foule, le guitariste devient magicien, la musique illusion, le public entre en transe. Le ton monte, la musique s’accélère, la grosse caisse tambourine, la guitare pleure, le son résonne, le volume monte, John Butler grince des dents, les éclairages s’allument et le public se met progressivement à applaudir. La foule crie d’une seule et même voix, remercie et scande le nom de cet extraterrestre atterri en plein cœur de la Fête de l’Humanité. Dix minutes de musique incessante pour enfin achever un morceau parfait, devenu grand classique. On pense alors que le plus gros est passé, c’est sans compter sur les deux compères de John qui reviennent sur scène et entament avec lui les premiers riffs de Zebra. Tonnerre d’applaudissement, décidément pas de répit pour le public ce soir. On chante, on danse, on reprend en chœurs les « papapapapa papapapa papapapapa ». Le solo au bottleneck achève une foule qui n’a plus besoin de rien pour réussir sa soirée. On ne s’imagine pas qu’ils vont s’arrêter de jouer ce soir. C’est pourtant ce qu’il se passe. On les rappelle, rien à faire, ils ne reviendront pas. Un moment d’anthologie.
 Olivia Ruiz
Dernier concert programmé de cette première soirée, Olivia Ruiz est attendue par de nombreux festivaliers. Vêtue d’une robe rouge à paillette, la chanteuse est sublime et à l’air heureuse de participer à la Fête. Energique, Olivia Ruiz commence son concert suivi doucement par le public qui se réveille pour « J’aime pas l’amour » dans une version électrique très réussie. Le concert s’essouffle un peu sur la fin comme si le public était encore avec John Butler Trio. « Non-Dits » est tout de même un moment très intense avec Christian Olivier des Têtes Raides invité sur scène.
Le concert est efficace, atteint son but mais ne va pas vraiment plus loin.
Seuls les tubes comme « J’traine des Pieds » font réellement vibrer le public.
Ce premier vendredi de Fête se termine ainsi. Un peu plus loin sur les petites scènes, la fête continue. Des groupes jouent encore et prennent plaisir à pouvoir s’éclater devant un public réceptif. Saucisses, bières et musique clôtureront une première journée d’un festival encore très prometteur quand on sait que demain, Iggy Pop et les Stooges fouleront la grande scène de la fête de l’Humanité.
A suivre.
Pierre pour exportMusic.
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