20 mars 2007
Neon Bible - La critique d'album
C’est lundi 5 mars 2007 que Neon Bible est sorti avec une tracklist de onze titres. L’attente que suscitait cet album n’était pas des moindres, après le succès indiscutable de son prédécesseur Funeral et de toute sa panoplie de tubes tels que Laika ou Rebellions Lies. C’est dans une église transformée en studio d’enregistrement que le groupe a préparé Neon Bible, avec des ingénieurs du son tels que Markus Dravs
(Björk, James, Brian Eno) et Scott Colburn (Sun City Girls, Animal Collective).
La critique « Song after Song » d’exportMusic est là pour vous en dire un peu plus sur ce nouvel opus.
1-BLACK MIRROR
Black Mirror ouvre l’album et annonce la couleur du nouvel Arcade Fire. Autant il ressortait beaucoup de joie de Funeral autant Neon Bible sera sombre et plus lugubre. Black Mirror, par ses arrangements, par ses mélodies entremêlées et la répétition incessante des notes reflètent totalement la noirceur, délaissant Funeral pour de bon, au delà du miroir. Pas de doute, cette chanson nous annonce que l’on est passé à autre chose. Avec ce titre à la tête de l’album, le groupe met la barre très haut.
2-KEEP THE CAR RUNNING
La barre est en effet très haut et déjà Keep the car running, malgré son côté positif, faisant écho à Funeral, ne parvient pas à rivaliser avec Black Mirror. Pourtant les répétitions de batterie, les effets et la voix sont bons, mais on n’arrive pas à décoller avec ce morceau, il va falloir attendre un peu plus pour faire ressortir les vraies valeurs de l’album.
3-NEON BIBLE
Ca y est, Neon Bible, nous dévoile tout de l’album éponyme. Ce n’est pas un hasard s’il résume à lui seul très bien ce nouveau projet d’Arcade Fire : 2 minutes 17 pour nous évoquer la noirceur, la lenteur, la nostalgie, la répétition des instruments et des voix de cet opus. L’allusion religieuse du titre se retrouve ici par l’ambiance dégagée, et l’on découvre une nouvelle facette du groupe. La mélodie créée par la batterie et le clavier est réussie, Neon Bible est un bon morceau. On n’a cependant toujours pas décelé le successeur de Rebellion Lies.
4-INTERVENTION
Oui l’album a bien été enregistré dans une église, Arcade Fire nous en donne la messe et commence l’épuration de Neon Bible par cette intro sublime à l’orgue, vite rejoint d’un synthé, d’arrangements, et d’une voix venue de nulle part qui surplombe le tout, mêlant douceur, apologie d’une vie passée, et nostalgie.
Une histoire nous est contée et tout le monde s’assoit pour écouter. Plongés dans un monde féerique, parsemé de clochettes, de voix angéliques, nous nous laissons parcourir entièrement par chaque instrument, par chaque sonorité. Nous acceptons avec extase le mélange envoûtant et décalé qui offre à Neon Bible un morceau digne de toute attente.
5-BLACK WAVES/BAD VIBRATIONS
Les vagues de ce cinquième titre ne sont d’aucune douceur. La musique est stressante, de par cette énorme basse et une voix féminine vite relayée par celle de Win Butler. Nous assistons à presque deux chansons comprimées en une piste, à une discussion homme/femme entre les mauvaises vibrations et les vagues noires, ou chacun attend son tour pour prendre la parole, pour finir ensemble, une fois les accords trouvés, avant de s’achever sur une énorme basse. Un bon morceau mais qui passe assez inaperçu, on ne retiendra peut être de lui que l’enchaînement bien pensé avec Ocean of Noise.
6-OCEAN OF NOISE
Ocean Of Noise, très calme, apaise les esprits, le synthé est envoûtant. Cet océan de bruit montre la caractéristique du groupe, à souvent créer des chansons en crescendo qui montent au fil du temps, qui trouvent tout leur éclat sur la durée. Malheureusement, ce n’est pas le cas ici.
7-THE WELL AND THE LIGHTHOUSE
Le nouveau tube incontestable d’Arcade Fire est là. The Well And The Lighthouse nous ouvre les portes directement sur le paradis des canadiens, tout s’harmonise à la perfection, les instruments se répondent entre eux et que dire de Win Butler qui atteint des sommets. Une nouvelle fois on est marqué par la répétition presque excessive des instruments mais tous ont leur place et il n’est pas question d’en retirer un seul. Win Butler nous sort une démonstration de talents vocaux et les compositions sont excellentes. On sent beaucoup de maturité dans ce morceau de la part du groupe, un aboutissement très réfléchi. Un grand tube qui répond enfin aux attentes des fans.
8-(ANTICHRIST TELEVISION BLUES)
Tout commence à la guitare sèche, un rythme saccadé, rapide qui met en scène un morceau bien médiocre. La voix redescend, les compositions ne sont pas mises en valeur. Le tout manque beaucoup d’inspiration, et ça se ressent à l’écoute, même si la fin de la chanson tente de remédier à cela, ce n’est pas suffisant, on n’arrive pas à se perdre dans les multitudes de sonorités qui font maintenant les valeurs d’Arcade Fire. Décevant.
9-WINDOWSILL
Une guitare pour nous faire entrer dans la danse, suivie très vite par une batterie très profonde, au son très lourd, et la voix de Win Butler, basse, monotone, lancinante, tel est le contexte dans lequel nous plonge Windowsill. Mais comme Arcade Fire en a l’habitude, les instruments apparaissent au fur et à mesure, et le tout monte en rythme, en émotion, on se sent soulevé, la guitare est très nette, très claire, puis l’on redescend d’un coup. La formule créée par le groupe marche et la voix de Win Butler se voit dédoublée par celle de Régine Chaussagne. Il est très difficile de décrire le plan de cette chanson qui monte et redescend sans cesse, ce qui créé un univers tout particulier. On ne sait comment se sentir en écoutant Windowsill. Elle se termine comme elle a commencé, avec la batterie, et la guitare.
10-NO CARS GO
Repris de leur EP sorti en 2005, on se demande si Arcade Fire ne manque pas d’imagination pour achever Neon Bible. Le pari reste risqué, car la version originale est une chanson très aboutie, où l’on n’a pas l’impression que l’on puisse rajouter quelque chose. Et pourtant… N’était ce pas une idée finalement sensée de placer No Cars Go dans cet album ? En effet, on sent que cette chanson redonne de la fraîcheur à cet univers assombris par des morceaux comme Ocean Of Noise, Neon Bible, ou encore Black Mirror. Les réajustements sont très bons, les voix s’enchaînent bien, et le rythme excellent. Au final, on ne sait quelle version préférer de No Cars Go, et l’on sent son rôle indiscutable au sein de Neon Bible. Dommage tout de même que l’une des meilleures compositions de l’album soit un titre d’un précédent projet.
11-MY BODY IS A CAGE
L’ultime chanson de l’album, tant par sa place que sa qualité. Un concept très élaboré qui met en scène une voix très calme, très douce. L’envoûtement opère à merveille. Les instruments arrivent les uns après les autres, on sent qu’Arcade Fire a laissé le temps de mûrir cette chanson qui explose d’un coup avec une batterie qui fait écho à un orgue sublime, à des voix féminines qui relaie le chanteur canadien. On écoute, on oublie tout le reste de l’album, la musique du groupe est très aboutie, très bien pensée, rien n’a été choisi au hasard. Un rythme qui monte en puissance, qui finit en apothéose, Arcade Fire achève sa messe et nous finissons de savourer notre communion, plongés dans l’église qui leur a servi de studio d’enregistrement. Rien n’est à redire sur My Body Is A Cage qui se devait d’être placé en dernière position et qui s’annonce déjà comme un atout de Neon Bible. Et pour parachever cette inspiration religieuse, cette onzième chanson se termine doucement… par un orgue.
Après avoir écouté attentivement Neon Bible, on ne peut nier que ce deuxième album est bon.
Cependant par ses morceaux très sombres il perd en intensité et ne peut arriver à la hauteur de Funeral. Neon Bible est de plus un album assez difficile d’accès et il faut plusieurs écoutes avant de déceler toutes les finesses des compositions et des effets. Le défi à relever pour Arcade Fire était très difficile, et même s’ils n’ont pas pleinement réussi leur création, Neon Bible reste un album à acheter, à écouter, à savourer.
Pierre pour exportMusic.
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